17/05/2021
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L.U.C 1.96 de Chopard : le meilleur calibre automatique jamais fabriqué en série

Par Hirota Masayuki
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Depuis les années 1940, de nombreux fabricants se sont consacrés au développement de mouvements automatiques, donnant ainsi naissance à l’impressionnant calibre 1570 de Rolex ou encore aux mouvements de la série 85 d’IWC. Seiko et Omega se sont elles aussi lancées sur ce terrain, respectivement avec les calibres de la série 61 et de la série 560. Certains mouvements peuvent même être qualifiés de véritables chefs-d’œuvre – c’est par exemple le cas du 27-460AT de Patek Philippe, des calibres de la série 2120 d’Audemars Piguet (série 1120 de Vacheron Constantin) et du calibre L.U.C 1.96. Ces trois exemplaires se distinguent par leurs finitions d’excellente qualité ainsi que par leur design unique, reconnaissable entre mille. S’il existe bien entendu des mouvements automatiques bien plus sophistiqués, ces trois modèles sont actuellement les modèles phares en termes de fonctionnalité et de valeur aux yeux des passionnés. J’aimerais m’intéresser tout particulièrement au L.U.C 1.96 de Chopard. Contrairement aux autres marques s’étant empressées de produire des mouvements dans les années 1960, l’âge d’or de l’horlogerie, Chopard a attendu 1996 pour lancer son L.U.C 1.96. L’entreprise s’était alors fixé l’objectif de créer un mouvement encore plus élaboré que les chefs-d’œuvre passés, une ambition a été très appréciée par les amateurs d’horlogerie du monde entier.

Montres surmontées d’un module automatique

Jusqu’à la fin des années 1950, de nombreuses montres automatiques étaient encore dotées d’un mouvement à remontage manuel surmonté d’un module automatique. Les seules exceptions étaient les mouvements à micro-rotor d’Universal, de Piaget et de Büren ainsi que l’Omega 550 muni d’un rotor de taille standard, sur lesquels le remontage automatique était intégré directement au mouvement. Au début des années 1960, les consommateurs ont exprimé de plus en plus fort leur désir de porter des montres automatiques plus plates : pour répondre à cette demande, les fabricants se sont donc mis à développer des mouvements plus plats avec remontage automatique intégré. Un excellent exemple de calibre apparu à cette époque est le Jaeger-LeCoultre 920 de 1967, également connu sous le nom d’Audemars Piguet 2120 ou de Vacheron Constantin 1120. La naissance de ces mouvements marque un tournant dans l’histoire des montres mécaniques : dès lors, le mouvement de base et le mécanisme de remontage automatique ne font plus qu’un.

Le calibre plat de Chopard

Chopard s’efforce toujours de nous proposer des mouvements de manufacture de la meilleure qualité possible. Les calibres plats du fabricant traditionnel disposent d’un remontage très efficace, notamment grâce à l’utilisation d’une construction de type micro-rotor dans laquelle le ressort est remonté à l’aide d’un petit rotor. Le mécanisme automatique est par ailleurs doté d’un cliquet extrêmement élaboré.

Chopard L.U.C 1860

Seuls trois des mécanismes de montres automatiques lancés depuis les années 1940 ont fini par s’imposer. Le premier est un remontage automatique avec un rotor central qui enroule le ressort moteur dans les deux sens via un engrenage réciproque. Utilisé par exemple dans les mouvements Rolex ou ETA, il représente la norme actuelle dans l’industrie horlogère. Sa construction simple offre une grande liberté de conception mais possède l’inconvénient de s’user assez facilement : seuls les engrenages de Rolex, Seiko et Chopard font exception à cette règle. Autre point noir, la difficulté de remonter ce mécanisme sans ajout de lubrifiant.

Le second type fait également appel à un rotor central qui enroule le ressort dans les deux sens et a l’avantage de s’user moins rapidement. Ce type de remontage automatique utilise un interrupteur à bascule venant ajuster la rotation du rotor vers la gauche et la droite et se retrouve par exemple dans les montres Jaeger-LeCoultre. Compacts et peu sujets à l’usure, ces mouvements ne sont cependant pas particulièrement performants en matière de remontage. Leur utilisation se limitait donc aux montres en or de manufactures telles qu’Audemars Piguet, Vacheron Constantin ou A. Lange & Söhne, qui équipaient leurs mouvements de lourds rotors en or. Jaeger-LeCoultre a également développé un calibre automatique muni de cette technique, avec un rotor toutefois beaucoup trop léger : même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de trouver des adjectifs positifs pour le décrire.

Mouvement avec remontage à cliquet

Le dernier type est le remontage à cliquet, développé par Abraham Louis Breguet à la fin du XVIIIe siècle et directement intégré dans la montre « perpétuelle ». Longines a également utilisé ce type de remontage en 1945 dans le calibre 19AS, mais c’est dans le Calibre 85 d’IWC (1950) et le Magic Lever de Seiko (1957) que le remontage à cliquet connaît son heure de gloire. Le calibre 27-460AT de Patek Philippe mentionné ci-dessus est lui aussi équipé d’un système à cliquet absolument fascinant. Ce type de remontage a l’avantage d’être très efficace tout en bénéficiant d’une conception intelligente. IWC utilise toujours le « remontage automatique Pellaton » mis au point en 1950 – et n’y a étonnamment apporté que peu de modifications. Ce type de mécanisme est cependant très coûteux et prend beaucoup de place dans le boîtier, deux faiblesses que Seiko a réussi à corriger dans son Magic Lever. Cet avantage était toutefois relativement méconnu avant les années 1990.

Chopard LUC

Chopard a chargé l’horloger indépendant Michel Parmigiani de développer son premier mouvement de manufacture. Le Suisse a eu l’idée d’associer un remontage à cliquet à un micro-rotor plat afin d’obtenir un remontage automatique extrêmement raffiné, à l’isochronisme élevé et, cerise sur le gâteau, en or 22 carats. L’intention de Chopard était claire, à savoir surpasser le Calibre 240 de Patek Philippe, un mouvement connu pour son magistral micro-rotor.

Les finitions sont elles aussi d’excellente facture : le perlage extrêmement délicat, les Côtes de Genève ainsi que le pont biseauté à la main sont dignes d’un horloger indépendant. Le mouvement porte également le Poinçon de Genève, reconnaissance ultime de sa qualité.

Chopard L.U.C 1860

Le calibre 1.96 a été utilisé dans la L.U.C 1860, qui n’a malheureusement pas connu un franc succès. Même si le grand public a conscience que cette montre provient du fabricant de la série Happy Diamonds, seul un petit cercle d’amateurs de montres a vraiment su apprécier cette pièce extraordinaire. Près de 25 ans après ses débuts, ce magistral exemple de remontage automatique voit sa valeur augmenter d’année en année.

Chopard Vintage Automatic Calibre

Si vous dénichez une montre munie de ce mouvement sur Chrono24, assurez-vous d’être suffisamment informé. Première chose à savoir : ne vous attendez pas à des performances de remontage extraordinaires. Même si Chopard a fait un excellent travail, la conception n’est pas des plus modernes et le ressort n’est probablement pas aussi bien tendu que sur les remontages automatiques modernes. Si vous effectuez un travail plutôt sédentaire, je vous recommande donc de faire une petite promenade avec la L.U.C 1860 au poignet. Deuxième point : les aiguilles ont tendance à sauter. Ce problème a été en grande partie résolu sur les mouvements plus récents, mais il arrive tout de même que les aiguilles sautent lors du réglage de l’heure en raison de la roue des minutes décentralisée présente sur le L.U.C 1.96 (et sur les autres calibres s’inspirant de ce modèle). Une petite astuce : laissez la montre avancer un peu et tournez légèrement la couronne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre lorsque vous la repoussez en position initiale. Si les aiguilles continuent à sauter de manière exagérée, il est préférable de faire réviser la montre par Chopard.

Malgré ces « faiblesses », le L.U.C 1.96 est un véritable chef-d’œuvre, au même titre que le 27-460AT de Patek Philippe, la série 2120 d’Audemars Piguet ou la série 1120 de Vacheron Constantin. Si votre passion pour les montres vous a poussé à vous intéresser de plus près aux mouvements, n’hésitez pas à rechercher davantage d’informations sur le L.U.C 1.96. Véritable jalon dans l’histoire de l’horlogerie, ce mouvement est considéré comme un symbole de la renaissance des montres mécaniques.

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Ma passion pour les montres est née dans ma jeunesse. J'ai commencé ma carrière en tant que salarié avant de me lancer comme auteur freelance spécialiste des …

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